La pratique des prix trop bas est-elle bien légale ?

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Est-il possible de reprocher à une entreprise de commercialiser ses produits ou services à des prix trop bas ? Apparemment, cette question parait un peu étrange mais il faut savoir que cette pratique est bien souvent très mal perçue par le droit de la concurrence qui a légiféré sur le sujet en mettant en place des sanctions…le point là-dessus.

Par Franck Boccara

Le principe qui régit la vente à prix trop bas peut sembler paradoxal mais il est en fait logique et simple : une entreprise qui pratique des prix anormalement bas provoque, volontairement ou pas, une exclusion artificielle de la concurrence. De ce fait, à partir du moment ou la concurrence a été exclue, il devient fort probable que les prix remontent par la suite à l’avantage de l’entreprise et au préjudice des clients, en BtoC autant qu’en BtoB. C’est donc la raison pour laquelle le droit de la concurrence empêche parfois les clients de faire de bonnes affaires !

Il existe plusieurs nuances juridiques dans ce domaine puisque les entreprises peuvent être sanctionnées pour 3 chefs d’accusation : revendre des produits à perte, pratiquer des prix abusivement bas à l’égard des consommateurs ou adopter une politique de prix prédatrice. Chacune de ces interdictions entraine des conséquences juridiques différentes.

La vente à perte est interdite

C’est ce que précise le législateur à travers l’article L. 442-5 du Code de commerce qui interdit explicitement à toute entreprise de revendre un produit en-dessous du prix auquel elle l’a acheté. La transgression de cet article peut entrainer une amende maximum de 75 000 euros pour une personne et 375 000 euros pour une personne morale.

Le principe et l’esprit de la loi sont que la vente à perte n’est pas rationnelle car une entreprise est censée être régie par le profit et n’a donc pas pour finalité de perdre de l’argent. Il en découle qu’elle récupérera probablement sa marge sur d’autres produits, ce qui revient à dire que le client n’aura pas été gagnant.

Le législateur a cependant prévu des exceptions comme par exemple pour la cessation ou le changement d’une activité commerciale, pour des produits saisonniers à la fin de la saison des ventes ou entre deux saisons de vente, pour des produits démodés ou dépassés techniquement etc…

Il est important de bien comprendre que l’interdiction de revente à perte ne s’applique pas aux services mais uniquement aux produits revendus en l’état à des professionnels ou à des consommateurs et mais pas aux produits qui ont été fabriqués ou transformés par la même entreprise pour être ensuite vendus.

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